No et moi / Delphine de Vigan–JC Lattès, 2007.
14 €
R VIG
No et moi, c’est une rencontre merveilleuse avec Lou , adolescente surdouée de 13 ans. Coincée entre une mère en continuelle déprime et un père qui force la bonne humeur, elle aborde sa 1ère année de lycée avec réticence et timidité jusqu’à sa rencontre avec No…
Un regard nouveau sur le monde des SDF, un mélange de clairvoyance et de naïveté sur la pauvreté.
Cédric Le Floch, BDY
Alerte aux plombs / Henri Gentet–L’Arganier, 2007.
20 €
P GEN
En plein cœur du mois d’août, Marseille devient la cible d’un groupuscule terroriste qui menace de sacrifier une personne par jour, prise au hasard, si elle ne reçoit pas une rançon équivalente à un euro par habitant. Le commissaire Négrel va se voir charger de l’enquête avec comme priorité de faire cesser au plus vite les assassinats, tout en prenant en compte les intérêts personnels des différents protagonistes de l’affaire, et en essayant de ramener le calme dans la cité phocéenne .
Henri Gentet, lui-même commissaire divisionnaire, nous livre un premier roman empreint de réalisme, marqué par la description fidèle du mode de fonctionnement et des pratiques de la police française.
Cédric Le Floch, BDY
Bambi bar / Yves Ravey–Minuit, 2008.
9.8 €
R RAV
Léon a des comportements qui intriguent les gendarmes. Il semble qu’il ait heurté le vélo d’une jeune fille avec sa voiture, il observe aux jumelles les fenêtres de l ‘appartement d’en face, il a tenté de séquestrer la jeune fille dans le vestiaire du cours de danse…
Puis Léon se fait embaucher pour réparer la chaudière du Bambi bar.
Tout cela a un lien bien évidemment ! Qui est Léon ? que cherche-t-il ? Une fin explosive vous le dira !
Construit comme une nouvelle, ce court roman à l’écriture juste est mené avec suspense. Au-delà du plaisir de lecture, il dénonce certains trafics louches qui affectent les jeunes d’Europe de l’Est.
Marie Auclair, BDY
Paradis conjugal / Alice FERNEY–Albin Michel, 2008.
20 €
R FER
Elsa, la quarantaine, mère de 3 enfants, femme au foyer ayant laissé son métier de danseuse, s’interroge face au film de Manckiewick « Chaînes conjugales » où 3 femmes apprennent qu’une de leurs amies vient de partir avec le mari de l’une d’elles. Persuadée d’y trouver l’écho de sa vie conjugale, car Alexandre vient de lui annoncer qu’il ne rentrera plus, Elsa analyse avec les héroïnes du film son passé. La naissance de la passion, le mariage, la fidélité, l’entente dans le couple, la force et les faiblesses du lien amoureux sont autant de questions pour lesquelles le roman confronte avec justesse le réel d’Elsa et la fiction du film.
Avec ce va-et-vient passionnant, Alice Ferney offre un moment inoubliable de lecture.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
La tête en friche / Marie-Sabine Roger–Ed. du Rouergue, 2008.
16.5 €
R ROG
Germain, quarante cinq ans, décide un jour d’adopter Marguerite qui a quatre-vingt six ans. Une amitié extraordinaire va alors lier ces deux personnages, l’un considéré comme l’idiot du quartier, et l’autre une vieille dame très cultivée, dont les différences vont permettre un enrichissement mutuel.
C’est une merveille de lecture, de sentiments humains, d’échanges fins et délicats, sans oublier une pointe d’humour. A lire absolument.
Jocelyne Abraham, Comité de lecture adultes
Le chemin des sortilèges / Nathalie Rheims–Léo Sheer, 2008.
14 €
R RHE
Une jeune femme, la narratrice, dix ans après, renoue avec Roland qui fut l’amant de sa mère et son père par substitution. Cet homme, psychanalyste de profession, a abandonné sa carrière pour se réfugier dans une maison isolée qui accueillera les retrouvailles.
Durant six nuits, elle va trouver dans sa chambre un conte (La belle au bois dormant, la petite fille aux allumettes, Blanche-Neige, Cendrillon,…), et chaque fois elle se projette dans un rêve et le partage avec Roland. Elle va aussi faire la rencontre d’une étrange petite fille et d'une mystérieuse femme…
Coup de cœur pour ce roman délicieusement envoûtant, où l’on ne saura plus faire la différence entre le monde réconfortant des rêves et la réalité bien plus triste.
Pierre Hansenne, Bibliothèque municipale de Monéteau
Une femme allemande / Fabienne Swiatly–La Fosse aux ours, 2008.
16 €
R SWI
Dans les ruines d'une ville allemande, une jeune fille cherche du charbon pour survivre pendant que les soldats de l' «occupation » se retournent sur sa beauté. Sans méfiance et dans l’espoir d’une meilleure vie, elle accepte les relations avec l'un d'eux et tombe enceinte. Le soldat alsacien l'épouse. Elle pense que chez les « vainqueurs » elle sera plus heureuse. Très vite, on la retrouve en France, mal acceptée par les parents, désorientée par leur vie frustre, rejetée par les autres femmes du village à cause de son accent. Trois garçons naissent de façon rapprochée… La vie la meurtrit, l'étiole, elle en perd le désir de vivre, fume et boit. Elle aura un quatrième enfant, une lumineuse petite fille qui veillera sur elle, mais trop tard.
C'est un magnifique portrait de femme cabossée par la vie, à jamais seule dans un pays où elle peine à saisir les codes sociaux. Chaque chapitre est sous-titré et présente une séquence, un tableau, un récit d'une situation vécue avec un art du détail et de la mise en scène. Ce court roman émouvant se lit d'une traite.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
Jeux croisés / Marie Sizun–Arléa, 2008.
18 €
R SIZ
Les trajectoires de deux femmes que tout sépare vont se croiser par hasard. Marthe, enseignante d'âge mûr vit à Paris , elle possède une résidence secondaire au bord de la mer en Bretagne, héritée de sa grand-mère où elle a des souvenirs d'enfance. Elle n'a jamais désiré d'enfant, son mari la quitte pour une femme dont il attend un enfant. Alice, à peine 20 ans, mère célibataire, galère pour élever Ludo, son bébé de 8 mois. Elle rêve pour lui d'un voyage à la mer.
Un moment de doute chez l'une, un geste de folie chez l'autre, tout bascule. C'est l'occasion pour chacune de faire le point avec elle-même. Autour du mystère et de la fragilité d'un enfant, l'auteur peint merveilleusement l'innocence du bébé, l'inconscience de la mère et le dérapage de Marthe. Les deux femmes ne se sont jamais rencontrées, ne se parleront probablement jamais, cette histoire pourtant les lie avec subtilité.
L'auteur évite l'écueil de la relation d'un fait divers, c'est avec tact, sensibilité, émotion, sobriété et la concision de son style que ce roman séduit le lecteur.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
Les sentinelles des blés / Chi Li–Acte Sud, 2008.
15 €
R CHI
Un 21 juin, date où chaque année se produisent des événements dans sa vie, Mingli a le pressentiment que sa fille adoptive Rong Rong est en danger. Contre l'avis de son mari, elle part à sa recherche dans Pékin. C'est l'occasion pour elle de s'affranchir d'un quotidien aliénant, en faisant une analyse introspective de son passé, réalisant la douceur de son enfance auprès d'un père agronome qui lui fit découvrir, en même temps qu'à son amie Rui Fang, la beauté et la solidité des « sentinelles du blé » : graminées courantes au bord des champs.
Mêlant dans son récit de manière pointilliste l'histoire nationale « étouffante » des décennies précédentes et l'actualité de la Chine en profonde mutation, l'auteur évoque les relations internationales et la politique intransigeante de son pays. A travers les rencontres insolites des personnes qui ont croisé sa fille adoptive, Mingli se trouve et revient vers son amie Rui Fang, la mère biologique de Rong Rong, qui a sombré dans la folie. Bien que la tradition pèse toujours, l'histoire de Mingli est celle d'une quête de liberté.
La richesse de ce texte est émaillée de détails incongrus, de métaphores émouvantes qui augmentent son charme et son intérêt.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
La grand-mère de Jade / Frédérique Deghelt–Actes Sud, 2009.
21 €
R DEG
Jade, la trentaine, journaliste, vient de rompre avec son compagnon quand elle apprend que sa grand-mère va être placée par ses tantes en maison de retraite. N'acceptant pas cette décision qui va la tuer, Jade décide de ramener à Paris sa "Mamoune".
Avec Jade, le lecteur découvre une femme attachante, respectueuse de la vie de sa petite-fille, grande lectrice qui s'est toujours cachée pour lire - elle glissait ses livres sous la couverture de la Bible - car c'était une passion inavouable pour cette fille de modestes paysans savoyards. La grand-mère et la petite fille vont avoir en commun ce goût des mots, être ensorcelées par le pouvoir du livre, la magie de la lecture, s'émerveiller l'une et l'autre, l'une de l'autre.
Le lecteur sera séduit par ces deux femmes de générations si différentes jusqu'à la fin inattendue que l'auteur lui réserve.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
Le koala tueur et autres histoires du bush / Kenneth Cook–Autrement, 2009.
15 €
R COO
15 nouvelles criantes d'humour. Dans le bush australien, un scientifique est confronté aux représentants de la faune locale et à la ruse des aborigènes. Il est victime d'une sorte de "poisse" qui rend très drôles toutes ses maladresses.
Françoise Pionnasson, Comité de lecture adultes
Au pays / Tahar Ben Jelloun–Gallimard, 2009.
16.9 €
R BEN
Mohamed, immigré marocain voit l'heure de sa retraite approcher avec appréhension. Lui qui a travaillé dur toute sa vie, au rythme de l'atelier de l'usine, que va-t-il faire maintenant ? Il se penche sur son passé, les souvenirs remontent : son enfance au bled, puis le départ pour "LalaFrance", son attachement à l'Islam dont il n'aime pas les dérives fanatiques, son mariage avec une fille du bled, ses enfants nés en France, qu'il connaît si peu et qui le déboussolent. Il s'interroge sur ce que sont devenus ses collègues déjà à LENTRAITE.
Le jour venu, il part. Il retourne au bled, il y construira une très grande maison où toute sa famille reviendra "vivre heureux". La maison prête, il invite ses enfants et commence à attendre. La folie et la mort rôdent autour de lui.
Un roman poignant sur les "Chibanis". L'écriture limpide fait entrer le lecteur dans le problème du déracinement "forcé" avec son lot de solitude, de misère sociale et de racisme, dont ont été victimes des milliers d'hommes d'Afrique du Nord.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
Le lieu perdu / Norma Huidobro–Liana Levi, 2009.
18 €
R HUI
Dans l'Argentine des généraux (1977), un dénommé Ferroni est envoyé par ses supérieurs à Villa del Carmen : village du Nord où il doit retrouver la piste d'un cheminot "subversif" dont la compagne Matilde, originaire du lieu, écrit à Marita, son amie d'enfance. Plus à l'aise dans sa salle d'interrogatoires de Buenos Aires où il sait si bien faire parler les détenus, Ferroni cherche à obtenir de Marita les missives qu'elle refuse de lui donner, le faisant attendre une lettre qui doit arriver pour son anniversaire. Ferroni attend. Huit jours d'attente où la tension monte . Il obtient que la grand-mère coopère et découvre l'existence de la vieille Dona Nativita, la sage, la sorcière, amie et soutien de Marita.
Toutes ces vies, avec leur part d'ombre et de mystère, sont liées par l'histoire, le passé et le destin. Le lecteur est littéralement happé par le texte plein de magie, de poésie mais aussi de tensions et de violence. Ce roman, dans la veine de la littérature sud-américaine, est très maîtrisé jusqu'au drame final où la tension atteint des sommets.
Dans ce remarquable roman sur la jalousie, l’auteur nous livre quasiment le journal de Nicolaï, jeune pensionné alcoolique, amoureux de sa femme Véra jusqu’au meurtre. Nicolaï boit beaucoup de vodka, reste cloitré dans sa chambre, observant sa femme par un trou percé dans la porte, s’invente un double diabolique avec lequel il a de longues conversations, multiplie les esclandres, les violences envers sa femme et son entourage. Ce n’est qu’à la nuit tombée qu’il retrouve son calme en contemplant sa compagne endormie, lorsqu’elle recouvre son innocence par la seule impossibilité matérielle qu’elle a de le tromper.
Dans la continuité des grands romanciers russes, l’auteur nous fait entrer avec une grande aisance et efficacité dans l’univers paranoïaque du jaloux. Le personnage de Véra, belle comédienne amoureuse fidèle de son mari qui la maltraite, est très attachant.
Patrick Bécuwe, comité de lecture adultes
Entre les bruits / Belinda Cannone–Ed. de l\'Olivier, 2009.
20 €
R CAN
Dans notre monde moderne envahi par les bruits se produit la rencontre magique entre un homme qui a l'âge d'être grand-père et une petite fille, tous deux atteints d'hyperacousie.
Jodel utilise son "handicap" pour gagner sa vie, dans le cadre d'enquêtes menées par la police ou les RG, il décrypte dans son labo des enregistrements sonores où lui peut entendre ce que les ouies ordinaires ne peuvent percevoir et donnent de nouveaux indices.
Lorsqu'il rencontre Jeanne, atteinte du même symptôme, il décide de l'aider à trier tous ses bruits. Naît alors une merveilleuse amitié.Il tombe amoureux de la mère de Jeanne, curieuse musicienne.
Le lecteur pourrait penser être en plein mélo, mais pas du tout, car un autre curieux personnage a débarqué dans la vie de Jodel, c'est Oulan, qui va le présenter à une bande de marginaux tous plus curieux les uns que les autres. Le lecteur ne s'ennuie pas tant l'intrigue est parfaite, entre réalisme et fantaisie totale. Chaque information donnée est indispensable, les mots sont choisis avec soin et chaque séquence s'imbrique dans la précédente avec justesse et un effet d'écho des premières phrases (anadiplose !).
Belinda Cannone explore notre rapport au son, à l'environnement et au monde en général. Son style est plein de poésie.
Marie Auclair
Eboueur sur échafaud / Abdel Hafed BENOTMAN–Rivages, 2009.
8.5 €
R BEN
"Au pire, tu finiras éboueur, au mieux sur l'échafaud".C'est l'avenir qu'avait prédit le père de Faraht, dit Fafa, pour son dernier rejeton. Fafa n'aura pas cet avenir, mais il connaîtra très jeune les commissariats de police et la prison. Ce livre, d'une noirceur infinie, relate la vie d'une famille de maghrébins vivant au cœur de Paris à la fin des années 60. Le père ne communique avec ses enfants qu'en les frappant violemment, la mère s'enfonce dans une sorte de folie destructrice, et les enfants essaient de se sortir de cette misère affective comme ils peuvent.Fafa s'enfoncera dans la délinquance, mais puisera la force de vivre grâce à la profonde amitié d'un copain.
Difficile à soutenir, ce récit à vif nous fait suivre un monde d'incompréhension, de violence et d'injustice pour cet enfant en quête d'amour et de reconnaissance. L'écriture est dure, hachée, mais aussi pleine d'humour et de tendresse. C'est un livre remarquable qui nous laisse le cœur serré tout au long de l’histoire.
Janine Chalon, Comité de lecture adultes
Le violoncelliste de Sarajevo / Steven GALLOWAY–J.C. Lattès, 2009.
20 €
R GAL
Quatre personnages dans Sarajevo assiégée, en 1992 :
Le violoncelliste, qui va jouer pendant 22 jours à 16h l’adagio d’Albinoni sur le lieu d’un massacre de 22 personnes.
Kenan, marié et père de famille, qui traverse la ville pour aller chercher de l’eau potable.
Dragan (60 ans), ancien boulanger, qui parcourt sa ville. Sa femme et son fils sont exilés en Italie. Il sera témoin de tirs de snippers.
Fléche, jeune femme de l’armée, devenue contre-snipper, et qui aura pour mission de « défendre le violoncelliste ». Elle doit tuer le snipper qui risque de le tuer.
On suit leur quotidien, leurs peurs, leurs espoirs, leur passé....Et on s’attend à ce qu’ils soient abattus....
Roman captivant. On s’attache aux personnages.
Hélène Pérot, Comité de lecture adultes
Une minute de silence / Siegfried LENZ–R Laffont, 2009.
16 €
R LEN
De part le titre, on sait d’emblée à quoi s’en tenir. La minute de silence est dédiée à un professeur d’anglais, Sandra Peterson, qui a trouvé la mort dans une tempête en mer.
C’est un de ses élèves, Christian, qui raconte son histoire avec Sandra. C’est une histoire d’amour « peu ordinaire » entre un professeur et un élève, histoire racontée avec délicatesse, mêlant le présent et le passé (souvenirs qui remontent à la surface, sans ordre chronologique).
Très peu de dialogues.
Description des situations, des paysages, poétique et fine.
Hélène Pérot, Comité de lecture adultes
Sous influences / Marguerite Radclyffe Hall–Autrement, 2009.
23.5 €
R HAL
A leur retour des Indes, le colonel James Ogden, sa femme Mary et leurs filles se sont installés dans une petite ville côtière. L’atmosphère de la ville comme l’atmosphère familiale sont étriquées et étouffantes. Le père cardiaque et tyrannique régente toute la maisonnée. La mère soumise au père voue à sa fille Joan un amour excessif.
Joan ne semble pas souffrir de l’amour étouffant de sa mère jusqu'à l'arrivée d'une gouvernante, Elizabeth, qui a fait ses études à Cambridge et lui fait entrevoir un avenir de liberté, la possibilité de faire des études, de quitter la ville, et de se forger son propre destin. Mais Joan va toujours trouver une « mauvaise » raison pour ne pas s'en aller. Finalement, elle vieillira avec sa mère, et se retrouvera, à presque 50 ans, seule, sans ressources et sans métier à la mort de cette dernière.
Cette histoire n'est pas que le récit, un peu désuet, des amours platoniques d'une jeune fille et de sa gouvernante, ou celui de la lutte d’une jeune fille pour conquérir une liberté qu'on lui refuse, c’est aussi l'exploration minutieuse et effrayante d'une relation passionnelle et névrotique entre une mère et sa fille, la perversité de la mère et la faiblesse de la fille. C’est cette relation qui donne à ce roman toute son actualité.
Borja et Eduard, 2 frères jumeaux si dissemblables que c’en est insoupçonnable, se retrouvent après 9 ans de séparation et s'associent dans une entreprise d'enquêteurs. Borja aime entreprendre, séduire, bluffer son entourage, il a du "bagout" au contraire d'Eduard, effacé, timoré qui reste attaché aux valeurs traditionnelles et se conduit en bon mari, bon père de famille.
Le but de l'entreprise est de convaincre des clients fortunés de faire appel à leurs services pour arrondir des fins de mois difficiles. Or, Luis Font, député connu, les sollicite car il vient de découvrir dans une galerie un portrait de sa femme dont il ignorait l'existence ; il soupçonne le peintre d'être l'amant de sa femme, ce qui serait fâcheux au moment des élections. C'est le début d'un engrenage drôle et dramatique à la fois où les deux "héros" iront de surprise en surprise mais finiront tout de même, malgré leur maladresse, par réunir toutes les pièces du puzzle.
L'histoire, quoique rocambolesque, captive l'attention par tout ce qu'elle a d'étonnant, elle est bien menée du début à la fin, elle se lit d'une traite, le ton est grave et léger , dans une langue fluide et accrocheuse. L'auteur a l'art de monter en épingle les petits détails de la vie pour notre grand plaisir. Elle esquisse le portrait d'un classe moyenne catalane abordant les sujets graves de la société espagnole dans la crise d'aujourd'hui.
Marie Auclair, Comité de lecture adultes
Une vie de choix / Tahmina ANAM–Ed. des Deux Terres, 2009.
22.5 €
R ANA
Sa vie, Réhane ne l’a pas choisie ; veuve, elle retrouve ses enfants quand sa situation s’améliore. Nous sommes en 1971 au Pakistan oriental (Bangladesh) et un vent de révolte secoue le pays après les massacres de l’armée pakistanaise. Réhane lutte seule pour protéger ses enfants, se retrouve confrontée à la dure réalité de la violence quotidienne, ses enfants étant devenus militants en faveur de l’indépendance de leur pays. Un superbe portrait de femme.
Danièle Rodet, comité de lecture adultes
Les carnets de Douglas / Christine Eddie–H. d’Ormesson, 2009.
18 €
R EDD
Romain Brady quitte la vie toute tracée qu’on lui promet pour aller vivre en ermite au plus près de la nature. Après deux années en solitaire, il fait la connaissance d’Eléna, se rebaptise Douglas, en l’honneur du plus splendide des arbres, et ils vont s’aimer jusqu’à la naissance de Rose. La mort d’Eléna va faire basculer Douglas dans la dépression, et le voir confier sa fille au docteur Patenaude. Suite à cela, une famille singulière va naître autour d’eux. Rose : son père qui vient la voir par épisodes, sa mère décédée, un père adoptif qui veillera sur elle constamment, et une mère de substitution, institutrice et qui a réchappé des camps de concentration.
Un superbe roman qu’on quitte à regrets tellement les personnages sont attachants.
Virginie Le Floch, Bibliothèque municipale de Toucy.
La Veuve / Gil Adamson–C. Bourgois, 2009.
20 €
R ADA
Au Canada, en 1903, une jeune femme tue son mari violent, alcoolique et infidèle. Leur premier bébé meurt à la naissance. Elle finit par fuir poursuivie par les deux frères jumeaux de son mari. Nous traversons avec elle, des montagnes enneigées, des forêts peuplées d’ours et autres animaux. Elle rencontre « au coin du bois » un trappeur qui va lui apprendre à survivre et lui apporter un peu de bonheur, avant de partir sans rien dire. Et les deux frères sont toujours là. Un pasteur d’une petite ville minière la recueille, et elle va retrouver l’envie d’être utile. Mais suite à un glissement de terrain qui a attiré les journalistes, elle va être reconnue et arrêtée pour meurtre.
Son évasion réussie, elle retrouve son trappeur, pour le fuir de nouveau en lui laissant ce message : trouve moi !
Françoise Pionasson, comité de lecture adultes
Le trèfle bleu / Firouz Nadji-Ghazvini–Denoël, 2009.
15 €
R NAD
Une fillette, orpheline de mère et abandonnée par son père, est élevée par un grand-père perdu dans ses souvenirs mais présent et aimant. Son amie d’enfance a déménagé mais le lien est toujours fort et elle s’adresse souvent à elle en pensée. Son éducation est faite par ses voisines –deux belles-sœurs veuves de martyrs de la révolution- très inquiètes des changements de la fillette. L’annonce de l’adolescence devient un cauchemar. La fillette sera agressée et poursuivie par les hommes proches du pouvoir militaire et religieux.
Roman sensible, tragique et sévère sur la place de la femme dans la société iranienne.
Hélène Delacourt, comité de lecture adultes
Le Violon d’Auschwitz / Maria Angels Anglada–Stock, 2009.
16 €
R ANG
En 1942, dans le camps de concentration d’Auschwitz, Daniel, 20 ans, luthier juif du ghetto de Varsovie, est repéré par le commandant du camp lors d’un concert : le violon sur lequel jouait son ami (déporté lui aussi) était fissuré ; Daniel s’est permis d’en faire la remarque malgré l’interdiction de parler, lever les yeux sur les nazis, etc... Il a ordre de le réparer, et ensuite d’en fabriquer un. On lui donne tout ce dont il a besoin (colle, vernis, bois vieillis et prêts à l’emploi... ). Pour Daniel, ce sont des moments de bonheur au sein de la barbarie , et on vit avec lui ces heures dans l’atelier où ne compte plus que la fabrication ; on respire les odeurs de colles, de vernis comme lui, et comme lui on s’évade de ces lieux horribles.
Très bien écrit ; certains chapitres s’ouvrent avec rapports, lettres d’époque qui trouvent écho dans le récit. Ainsi histoire et fiction sont intimement liées.
Hélène Pérot, Comité de lecture adultes
La chambre d'amie / Helen Garner–P. Rey, 2009.
16 €
R GAR
Nicola, la soixantaine, belle et fière, atteinte d'un cancer en phase terminale, demande à son amie Helen de l'héberger le temps d'un nouveau traitement miracle censé la guérir. Helen se doute que Nicola s'est laissée séduire par des charlatans, mais avec dévouement et patience elle soutient son amie, la soigne, la "nurse", tout en essayant de lui ouvrir les yeux. Que faire quand son amie refuse la vérité ?
Loin du mélodrame larmoyant, c'est l'amitié de deux femmes confrontées à la mort. C'est triste et drôle car la vie est là. D'une écriture très enlevée, ce roman d'une grande justesse émotionnelle se lit d'une traite.
Marie Auclair, comité de lecture adultes
Contrebande / Enrique Serpa–Zulma, 2009.
20 €
R SER
Dans les années 1920, un armateur, le narrateur, ne gagne plus sa vie grâce à la pêche. Le poisson se vent à des cours ridiculement bas. Le « patron » de son bateau, La Buena Ventura, lui suggère de changer de commerce et de se lancer dans la contrebande d’alcool pour les Etats-Unis, en pleine prohibition.
De là, naît un roman époustouflant de réalisme et de poésie mélangés, sur la misère épouvantable qui règne sur l’île de Cuba alors que quelques familles se partagent les richesses, sur la révolte qui gronde et finira par éclater.
Quelques personnages hauts en couleurs : maris jaloux qui tuent leur femme volage, prostituées usées par leur vie, marins pêcheurs affamés pour qui la mer est le seul refuge face au désespoir, servent de fond à ce récit captivant où la violence de toute nature est omniprésente. Mais le plus passionnant, c’est le face à face entre l’armateur, qui méprise tous ces pauvres gens mais est fasciné par leur courage, et le capitaine de bord dit « le Requin », le véritable maître.
L’écriture est magnifique, et on a malheureusement l’impression que l’aspect social de ce roman est encore d’actualité….
Janine Chalon, comité de lecture adultes
Tous les hommes sont menteurs / Alberto Manguel–Actes Sud, 2009.
19 €
R MAN
Une tache de sang sous un balcon sur un trottoir de Madrid. On apprend la mort d’Alejandro Bevilacqua, écrivain argentin de romans-photos et peut-être d’un grand roman «Eloge du mensonge». Un journaliste français, Terradillos, veut comprendre et contacte différentes personnes qui l’ont connu pour faire son portrait : Alberto Manguel un ami malgré lui, Andrea sa maîtresse, le Goret son co-détenu, son éditeur et Tito Gorostiza fils d’un colonel qui a travaillé et travaille toujours pour le régime dictatorial.
Chacun croit connaître Bevilacqua mais les portraits sont différents et ne se complètent pas toujours. Qui détient la vérité et comment peut-on écrire sans être sûr de ne pas se tromper ?
Roman sur l’objectivité mais aussi sur le régime des Colonels, la prison et ses stigmates en Argentine.
Hélène Delacourt, comité de lecture adultes
La légende de nos pères / Sorj Chalandon–Grasset, 2009.
17 €
R CHA
Le roman commence par le récit de l’enterrement de Pierre Frémaux, ancien cheminot résistant dans le nord de la France. Le narrateur, un de ses deux fils, évoque en quelques pages cet homme dont, enfant, il n’a pas voulu entendre l’histoire. 20 ans après, journaliste devenu biographe, il entreprend de retranscrire l’histire d’un résistant à la demande de sa fille, Lupuline.
Celle-ci a eu son enfance bercée par les récits que lui faisait son père avant de s’endormir, et elle souhaite les lui offrir sous forme de livre pour son anniversaire. Le biographe ne se contente pas de retranscrire les souvenirs du vieil homme : il les décortique, vérifie, interroge les archives, et finit par lui faire avouer qu’il n’a rien vécu de ce qu’il raconte. Cela permettra au narrateur de reconstituer le passé de son propre père, un véritable résistant.
Ce roman est véritablement envoûtant par l’ambiance qu’il dégage. Les phrases sont courtes, les mots au plus près de la réalité. Le récit n’est pas encombré de considérations sentimentales ; l’attirance que le biographe ressent pour Lupuline est tout juste esquissée, et l’amour formidable de Lupuline pour son père est décrit de façon très simple.
Janine Chalon, comité de lecture adultes
La délicatesse / David Foenkinos–Gallimard, 2009.
16 €
R FOE
Nathalie et François nagent dans le bonheur, mais dès les premières pages le lecteur sait que cela ne va pas durer. Le drame arrive et Nathalie se retrouve seule face à son deuil. Elle raye de sa vie toute idée de plaire. Elle reprend son travail et n’aspire à rien d’autre. Pas de sorties, pas de copinage. Jusqu’au jour où elle accepte de dîner avec son patron.
Histoire banale : il est amoureux d’elle, le lui avoue, mais elle l’écarte. Et puis un de ses collaborateurs arrive à la faire rire… C’est le plus vilain de tout l’étage, et c’est pourtant avec lui qu’elle se sent le mieux, même si elle ne veut pas l’admettre…
Ecriture claire, limpide, distinguée, avec des intrusions originales tout au long du roman sous forme de chapitres de 2 à 3 lignes sur des sujets d’actualité, des références littéraires ayant toutes un rapport avec l’histoire.
Jocelyne Abraham, comité de lecture adultes
Sur la route à dix-huit ans / YU HUA–Actes Sud, 2009.
19 €
R YU
11 nouvelles composent ce recueil. Elles ont été publiées en Chine entre 1987 et 1997.
« Sur la route à 18 ans » est la première nouvelle qui donne le titre au recueil et donne le ton à toutes les autres. Toutes évoquent un monde absurde où l’individu honnête et simple ne trouve pas sa place ; la peur règne, la solitude est immense, les cœurs simples font l’objet de moqueries, et la violence et la mort sont omniprésentes.
Malgré cela, l’écriture est très simple, poétique, presque immatérielle, ce qui rend la lecture très facile et même agréable ; en fait, le malheur est transfiguré par la douceur de l’écriture.
Janine Chalon, Comité de lecture adultes
Sur le bord de l’inaperçu / Michel GUILLOU–Gallimard, 2009.
19 €
R GUI
Un concentré d’humour – un peu intellectuel – beaucoup de poésie aussi dans ce recueil de petits textes très courts. Un pays peu connu, car ses frontières sont secrètes, un peuple d’une grande sagesse – et complètement fou aussi – des lions qui dressent des dompteurs…
A lire et relire pour avoir et garder le moral !
Françoise Pionasson, Comité de lecture adultes
Un amour de mère / Rosa Matteucci–C. Bourgois, 2009.
17 €
R MAT
Les personnes âgées ne sont pas toujours très sympathiques. La mère de Luce ressemble à une Tatie Danielle qui se complaît à faire de sa maison une porcherie juste pour rendre la vie insupportable à sa fille… Mais à la veille des fêtes de Noël, Luce semble indifférente à l’hostilité de sa mère : elle a rencontré un voisin qu’elle n’avait pas vu depuis des années, divorcé comme elle, et se prend à rêver au prince charmant qui viendra la délivrer de la banalité du quotidien.
C’est avec un humour grinçant que l’auteur nous peint les travers des relations humaines et familiales. Une écriture soignée, digne des grands classiques, sert avec bonheur cette histoire cruelle et drôle à la fois.
Christine Billard, BDY
Sous la tonnelle / Hyam YARED–S. Wespieser éditeur, 2009.
21 €
R YAR
Sa grand-mère venant de mourir, la narratrice revient pour les obsèques à Beyrouth où celle-ci vivait . Elle retrouve dans son boudoir, parmi ses lettres et ses objets préférés, l’image tant aimée de cette grand-mère, veuve à 31 ans, qui a fait la promesse de rester fidèle à son mari et à son pays en refusant de quitter sa maison située sur la ligne de démarcation des quartiers chrétiens et musulmans. Elle puise dans ses souvenirs la philosophie de la vie et du bonheur que lui a transmise son aïeule, et la force d’affronter l’avenir seule, elle qui est en plein divorce. Mais un visiteur inattendu, venu de Marseille, va lui révéler tout un pan caché de la vie extraordinaire de cette femme qu’elle pensait bien connaître…
Ce beau roman tisse les liens entre une petite-fille et sa grand-mère et nous offre un beau portrait de femme libanaise, libre et passionnée, qui traverse l’histoire douloureuse de son pays.
Christine Billard, BDY
La convocation / Herta Müller–Métailié, 2009.
18 €
R MUL
La narratrice a pris le tramway pour se rendre à la convocation d’un membre de la Sécurité roumaine. Pendant le trajet, elle décrit les gens qui l’accompagnent, la misère aux alentours, le comportement désinvolte du chauffeur… mais surtout, elle se repasse en tête sa vie, celle de ses parents, de ses voisins qui n’osent plus sortir de chez eux, de ses deux maris. L’actuel boit énormément pour avoir lui aussi moins peur.
Ce livre est le récit bouleversant d’un environnement totalitaire où la peur est omniprésente : dénonciation, trahison, surveillance… la raison vacille constamment. Seule l’écriture parfois légère, poétique, à contre-courant des propos tenus permet à l’auteur de ne pas totalement perdre pied. Herta Müller a reçu le prix Nobel de littérature en 2009.
Janine Chalon, comité de lecture adultes
Les derniers jours de Stefan Zweig / Laurent Seksik–Flammarion, 2010.
17 €
R SEK
Ce roman retrace les six derniers mois de la vie de Stefan Zweig et de sa seconde épouse, également d’origine juive, Elisabeth Charlotte Altmann, dite Lotte.
Ils arrivent en septembre 1941 au Brésil, où ils espèrent trouver un refuge qui permettra à l’auteur de se consacrer à nouveau à l’écriture. Chaque mois qui suivra apportera, hélas, des raisons de sombrer dans un désespoir absolu. Le lendemain du Carnaval de Rio le 17 février 1942, où pourtant la vie semble reprendre le dessus, ils apprennent une nouvelle avancée de l’Axe du Mal. C’est la fin, la barbarie nazie couvrira le monde entier ; le refuge ultime, c’est la mort, qu’ont déjà choisie plusieurs de ses amis intellectuels. Par amour, Lotte l’accompagnera dans ce geste le 22 février 1942.
Ce roman, qui mêle le réel et la fiction, est totalement bouleversant. L’auteur nous fait vivre de l’intérieur de ces deux êtres tourmentés l’effondrement des valeurs humanistes du début du 20ème siècle ; on suit le tourbillon des catastrophes qui s’enchaînent. Stefan Zweig, qui admire la lutte sur place de plusieurs amis juifs, n’a pas l’étoffe d’un héros ; il préfère fuir, s’en veut, et s’enfonce encore davantage dans le désespoir.
Chaque chapitre nous livre un aspect de la vie privée et publique du grand écrivain, de sa personnalité tourmentée et mélancolique. Laurent Seksik semble avoir écrit ce livre magnifique après avoir endossé la douleur et les tourments de son héros.
Un vieux scientifique à la retraite se voit couronné d’un prix pour une importante découverte qu’il a lui-même oubliée depuis longtemps. Mais cette soudaine notoriété l’accable, lui qui vit retiré du monde et de sa course effrénée, n’ayant plus de relations qu’avec son aide ménagère, Madame Ambrunaz, qui passe son temps à lui mitonner des plats de lentilles (du Puy) pour le fortifier. C’est elle qui va organiser un petit séjour au Touquet, histoire de prendre un peu de repos avant d’affronter les honneurs, et d’échapper à une famille un peu trop envahissante.
Premier roman à l’humour doux amer de Véronique Bizot, qui met son talent de nouvelliste au service d’une observation sans concession de l’absurdité de la vie.
Atteint d\'un cancer des os, Chus (diminutif de Jésus en espagnol), brillant jeune médecin, doit être amputé d\'une jambe. Sa fiancée, la très amoureuse Victoire, attend le résultat de l\'opération en préparant son mariage auprès de sa grand-mère, au bord du bassin d\'Arcachon. Du grenier où Victoire trouve une superbe robe ancienne, à la cave où elle sera conviée à ouvrir une vieille armoire, elle appréhendera un "secret" familial lié à sa grand-mère avec qui elle prépare le festin. Dans les merveilleuses et délicieuses terrines, Victoire ajoutera une note personnelle, sacrilège et sacrée pour respecter le pacte conclut avec Chus : geste d\'amour total qu\'après un refus, elle accomplira comme un pied de nez au mal.
Quelques jours de fête où le bonheur s\'arrêtera brutalement dans une fin programmée, sûrement de longue date, par Chus et ses meilleurs amis.
Histoire douce, tendre et amère qu\'on lira d\'une traite. Elle peut choquer : ce n\'est pas très catholique , quoique !
Marie-Madeleine Auclair, Comité de lecture adulte
Février / Lisa Moore–Plon, 2010.
22 €
R MOO
Le naufrage de la plate-forme d’un forage pétrolier au large de Terre-Neuve le 14 février 1982 - jour de la Saint-Valentin - est la trame de ce roman. 84 hommes ont disparu dont 56 Terre-Neuviens. L’auteure a écrit pour que la tragédie de l’Océan Ranger ne soit pas oubliée.
Helen O’Mara y a perdu son mari. Elle s’occupe de sa maison, travaille, élève ses quatre enfants – la dernière est née en septembre 1982 - et ses petits-enfants. Les années passent jusqu’en 2008, tout en vivant avec ses souvenirs.
Lisa Moore a utilisé son expérience : elle se souvient des rapports entre ses parents, son père étant mort lorsqu’elle avait 16 ans ; cela lui permet aussi une recherche personnelle.
Roman sur le temps qui passe, le deuil, la présence des personnes aimées même après la mort. Le récit n’est pas linéaire, beaucoup d’images, d’odeurs, de sensibilité.
Hélène Delacourt, comité de lecture adultes
Lily et Braine / Christian Gailly–Ed. de Minuit, 2009.
14.5 €
R GAI
"La vie c\'est comme ça, on n\'arrête pas de recommencer et un jour on en meurt", dit un personnage du film policier que Lily et Braine regardent un soir, assis sur leur canapé. Donc, Braine, après 3 ans d\'absence comme soldat dans une guerre qui n\'était pas la sienne; est revenu abîmé physiquement et moralement. Lily est allée l\'accueillir, un beau jour de juillet, avec Louis, leur fils, et Lucie, la chienne. Avec patience, Lily aide Braine à reprendre le fil de la vie. Elle cache le pistolet automatique trouvé dans ses bagages sur l\'armoire où elle a rangé le bugle, l\'instrument dont Braine jouait quand il était musicien de jazz.
On sent, dès lors, sourdre une menace : lequel de ces deux instruments sera fatal pour ce couple ? Engagé par son arrogant beau-père (entrepreneur en mécanique automobile), Braine dépanne une belle et fascinante femme qui cherche des musiciens pour créer un night-club de jazz. Il va renouer avec la musique, retrouver ses anciens complices et se laisser prendre dans les filets des amours offertes.
En bruit de fond, transparaît la violence: celle de la guerre, celle de la jalousie. La menace se précise sans que l\'on sache d\'où elle viendra. Christian Gailly choisit ses mots qu\'il agence en phrases courtes où dialogues et narration sont mêlés aux digressions. Sur un rythme musical, il construit sa partition comme un enchaînement qui mène au drame final.
Un militaire de carrière, entré a Saumur en 1887, a la passion des chevaux et se fait remarquer pour ses méthodes douces avec l’animal. Mais déçu par la vie militaire, il part aux USA dans le Montana, puis en Algérie où il retrouve la nature et une totale liberté pour éduquer ses chevaux sans gestes violents ni cris. Blessé et rhumatisant, il rentre en France et se consacre à une belle jument qui sera sa fierté et son bonheur. A l’arrivée de la Seconde Guerre Mondiale, il faut à tout prix la sauver de la boucherie et des combats. Perdue, puis retrouvée par un jeune homme à qui elle transmettra le savoir du vieil homme tant son attitude reflète sa merveilleuse éducation, elle sera la première pierre d’un élevage magnifique.
Hommage aux militaires non-violents et aux chevaux – grands amis de l’homme.
Françoise Pionasson, Comité de lecture adultes
La fille / Michèle Gazier–Seuil, 2010.
16.5 €
R GAZ
Marthe, dont le père est mort lorsqu’elle avait 6 ans, vit dans l’ombre d’une mère autoritaire qu’elle ne veut pas voir souffrir. Non seulement elle n’arrivera pas à s’émanciper de cette tutelle comme ses deux aînés, mais elle ira jusqu’à renier ses plus fortes aspirations : elle aurait voulu devenir institutrice quand sa mère la place chez une couturière… Même le mariage ne lui permettra pas de couper le cordon : elle ne veut pas abandonner sa mère qui vit avec le jeune couple, et éprouve un certain dégoût des hommes transmis par cette mère redoutée et adorée. Jusqu’au bout, elle restera « la fille » en refusant de devenir mère à son tour…
Christine Billard, BDY
Incidences / Philippe Djian–Gallimard, 2010.
17.9 €
R DJI
Un professeur de littérature d’une cinquantaine d’années vit quelques aventures sans lendemain avec ses étudiantes. Mais l’une d’elles, Barbara, meurt dans son lit, et pour ne pas avoir d’ennuis il se débarrasse du corps. Les événements s’enchaînent ensuite et lui échappent : il rencontre Myriam, la belle-mère de Barbara, avec qui il vit une passion torride, un policier qui enquête sur la disparition de Barbara et qui meurt subitement d’une crise cardiaque et qu’il fait disparaître à son tour… Au fil du récit certains détails font pressentir qu’un drame se noue. Extrêmement bien construit, ce roman au style très fluide distille peu à peu l’angoisse et la peur jusqu’au point final.
Christine Billard, BDY
Le beau visage de l'ennemi / Catherine Lépront–Le Seuil, 2010.
17 €
R LEP
En Algérie, au début des années 1960, Alexandre, jeune appelé français, dirige un village de femmes et de harkis où il rencontre Driss, jeune étudiant en droit algérien venu remplacer un instituteur. L'amitié profonde qui naît entre les deux hommes sera brisée par la mort de Driss au cours d'une embuscade dont le village rendra Alexandre responsable.
Cinquante ans plus tard, Ouhria, petite-fille de Driss, vient demander des comptes à Alexandre. Elle a en main une photo en noir et blanc sur laquelle elle ne sait qui des deux hommes est le héros ou le traître tellement ils se ressemblent. Avec patience et sagesse Alexandre va ressusciter cette période, exhumant même les esquisses des visages et paysages dessinés à cette époque dont il n'a pu tirer des tableaux comme il l'avait pensé tant sa douleur était grande. Petit à petit, en confiance, il réussit aussi à partager avec Ouhria, la douleur encore plus forte de la perte de son épouse.
Ce n'est pas triste, c'est un roman placé sur la mémoire, la construction de soi, le deuil, la trahison mais surtout sur l'amitié et l'amour. Si la vérité humaine n'est pas totalement saisissable puisqu' « on ne peut pas tout dire », le lecteur sera séduit par cette approche remarquable d'un passé difficile entrelacé dans le présent.
Marie-Madeleine Auclair, comité de lecture adultes
Le cuisinier / Martin Suter–Bourgois, 2010.
20 €
R SUT
Maravan, jeune homme Tamoul, demandeur d'asile, est l'homme à tout faire en cuisine "chez Huwyler" célèbre restaurant chic de Zürich. Il perd sa place pour avoir emprunté un outil de cuisine afin de concocter chez lui un "curry" aphrodisiaque selon une recette sri-lankaise pour séduire Andréa, la jeune serveuse. Conquise, non par l'homme mais par ses talents de cuisinier, Andrea propose à Maravan de créer une entreprise : "Love food", où sa cuisine servira de thérapie à des couples en difficulté, puis animera des soirées pour hommes d'affaires friqués et leurs escort-girls. L'argent gagné par Maravan est envoyé au Sri-Lanka, où l'alimentation et les médicaments se négocient chers au marché noir et pour tenter de faire sortir son neveu des griffes des "Tigres Tamouls" où il a été enrôlé comme enfant-soldat. Un jour, Maravan découvre que ses plats "magiques" ont servi à régaler d'ignobles escrocs qui organisent des trafics d'armes avec le Sri-Lanka....
Cette romanesque satire sociale mêle gastronomie, crise financière mondiale, trafics d'armes, amours tarifés et guerre au Sri-Lanka, avec brio, s'appuyant sur une bonne documentation et une solide construction.
Au passage, le lecteur découvre de méchants hommes d'affaires suisses sans scrupules, l'immigration tamoule en Europe, les us et coutumes des communautés tamoules, et la cuisine ayurvédique et moléculaire qu'il pourra mettre en pratique grâce aux nombreuses recettes détaillées en fin d'ouvrage. Bref, un plaisir de lecture à ne pas manquer !
Marie-Madeleine Auclair, comité de lecture adultes
Sur l’aile / Régine Detambel–Mercure de France, 2010.
14 €
R DET
Raphaël, fou de douleur après avoir perdu sa femme à 28 ans, décide de se suicider. Rien ne le rattache plus à la vie, même pas sa petite fille de 4 ans qui est placée dans une famille d’accueil. Il prend le temps de fabriquer lui-même la corde avec laquelle il va se pendre, de voyager pour trouver les bons fils à assembler, tester leur élasticité et leur solidité. De retour chez lui après plusieurs années, prêt à accomplir son geste, il découvre que des pigeons bleus ont fait leur nid sous le toit. Il se prend alors de passion pour ces oiseaux et va se consacrer entièrement à eux. Sa fille, devenue adulte, qui n’a jamais eu aucun contact avec lui depuis son départ, part à sa recherche et découvre au milieu des plumes et du duvet de ses protégés son vieux père un peu fou. Il vont devoir apprendre à se connaître et à s’apprivoiser.
C’est un livre plein de légèreté, à l’image des oiseaux, fait de petits chapitres très courts. Une écriture toute en retenue, pleine de délicatesse, pour dire qu’une renaissance est possible grâce à la chaleur des êtres qui nous entourent, quels qu’ils soient…
Christine Billard, BDY
La fille qui marchait dans le désert / Vénus Khoury-Ghata–Mercure de France, 2010.
14.8 €
R KHO
Anne, qui voue une immense admiration à l’écrivain Adam Saint-Gilles, rencontre sa veuve à l’occasion d’une conférence qu’elle donne dans la ville d’origine de celui-ci. Elle espère grâce à cela découvrir l’homme derrière l’auteur. Mais Mathilde est devenue une vieille femme revêche et acariâtre qui ne distille ses révélations qu’au prix de durs travaux (couper et rentrer du bois, relever une clôture…) qu’Anne n’accepte de faire que parce qu’elle lui laisse miroiter un manuscrit inédit. Anne finira par découvrir l’existence de Zohra, la demi-sœur de Mathilde, fruit des amours adultères de leur père en Mauritanie, exilée comme une paria à l’autre bout de la propriété pour avoir été l’amante de Saint-Gilles. Dans ce huis-clos parfois angoissant, chacune dessine un portrait différent de l’écrivain qui a essayé de concilier l’écriture (avec Mathilde) et la jouissance (avec Zohra) sans jamais y parvenir. Et à travers ces deux femmes, ce sont finalement deux conceptions de la vie et de l’amour qui s’opposent et que Vénus Khoury-Ghata, romancière et poétesse libanaise d’expression française, nous rend avec une magnifique écriture.
Christine Billard
L'Entreprise des Indes / Erik Orsenna–Stock : Fayard, 2010.
21.5 €
R ORS
Ce roman ne raconte pas le voyage de Christophe Colomb après le départ de ses trois caravelles de Palos de Moguer, le 3 aôut 1492. Il commence en 1511 par le prêche d’un dominicain qui dénonce vigoureusement, à la stupeur générale de ses auditeurs, le génocide des indiens par les conquérants espagnols. Celui qui va s’interroger sur le « pourquoi » des atrocités commises est Bartholomé, le jeune frère de Christophe Colomb. Il est à la fin de sa vie et se remémore…..
Tout d’abord, sa jeunesse à Lisbonne où il est arrivé en 1469, et s’est fait embaucher par un maître cartographe. Dans un chapitre intitulé « la curiosité », Eric Orsenna nous livre un récit captivant du bouillonnement culturel à cette époque ; à chaque récit de navigateur, il agrandit les cartes du monde, et notamment la longueur de la côte africaine.
Christophe Colomb n’apparaît qu’au milieu du livre. Il rejoint Bartholomé à Lisbonne après avoir échappé à un naufrage en 1476. Avec fougue, il entraîne son frère dans la préparation de son grand dessein, que Dieu lui-même lui commande de réaliser : agrandir le monde, révéler l’ampleur de la création divine.
Mais la réalisation de cette grande Entreprise verra la montée inexorable de la cruauté humaine : massacres des Indiens, mais aussi chasse aux juifs d’Espagne qui coïncidera avec le départ des caravelles. Pourquoi ? Pour la puissance, pour l’or… Bartholomé n’arrivera pas à percer le mystère de cette cruauté…
Eric Orsenna semble lui-même transporté par l’avidité de savoir et de découverte de cette fin du 15ème siècle. Bien que son récit soit très documenté, il n’est jamais pesant. Au contraire, poésie et légèreté sont présentes tout au long de cette description du rêve enfiévré de Christophe Colomb. « Les bateaux ne partent pas que des ports, ils s’en vont poussés par un rêve ». C’est ce que rend très bien le marin qu’est l’auteur.
Janine Chalon
Une histoire vraie tissée de mensonges / Jennifer Clément–Autrement, 2010.
15 €
R CLE
Leonara est une jeune fille d’origine indienne placée comme servante dans une famille aisée, les O’Conner, à Mexico. Les O’Conner ont deux jeunes fils. Mme O’Conner ne peut plus avoir d’enfants suite à son dernier accouchement.
De sa mère qui fabrique et vend des balais, et des religieuses chez qui elle a été élevée, Leonara a appris à se taire, subir, et ne jamais dire non. Aussi c’est sans un mot qu’elle va se retrouver enceinte de M. O’Conner.
Celui-ci va décider de garder cet enfant en le faisant passer pour un enfant adopté par sa femme et lui. Une relation particulière va alors naître entre la mère officielle et la mère biologique. Leonara va tout faire pour rester au service de la famille et avec son enfant et Mme O’Conner va tout faire pour chasser Leonara. Mais les deux femmes sont liées.
Tout cela est observé par cette petite fille qui ne connaît pas le fin mot de l’histoire et commenté par les deux autres servantes de la famille.
Quand j’ai pris le livre, je me suis dit encore une histoire de pauvreté, de jeune fille abusée par son employeur... Et puis, j’ai été conquise tant par l’histoire que par la façon dont Jennifer Clement a construit ce livre. Quelle langue, et quelle audace pour relater ce drame qui s’installe dans le corps et la vie de Leonora.
Très beau livre, très bien écrit : un récit court poétique et brutal, mêlant des croyances indiennes à une réalité tissée de mensonges.
Fabienne Peretz
Le mois des papillons / Ariëlla Kornmehl–Actes sud, 2010.
20 €
R KOR
Joni, une jeune femme médecin, s’installe en Afrique du Sud après un drame familial et sentimental. Elle travaille à Johannesburg dans un grand hôpital et vit seule dans une villa surveillée nuit et jour, comme cela est courant dans ce quartier blanc et chic. Zanele, une femme zouloue, vient lui expliquer qu’elle ne peut pas vivre seule ici et lui propose de tenir sa maison. En échange, elle lui prêtera le petit cabanon dans le jardin pour y vivre avec ses deux enfants. Bien vite, Joni n’est plus vraiment chez elle. Zanele range, classe, décide des menus et des courses. Mais cela soulage vraiment Joni débordée à l’hôpital où elle est confrontée aux dures réalités de la société sud-africaine. Mais dès qu’elles quittent la maison, Zanele refuse d’être vue avec Joni et prend des distances, alors qu’à la maison une vraie relation s’instaure entre ces deux êtres qui souffrent différemment mais gravement de leur état de femme.
Un jour, en rentrant chez elle, Joni trouve Zanele violée et massacrée en voulant protéger la maison du pillage. Malgré tous ses efforts, elle ne réussira pas à la sauver, et les enfants seront récupérés par une vague famille sans qu’elle puisse les revoir.
Dans ce pays où l’apartheid a été supprimé, il reste encore beaucoup à faire pour que les problèmes raciaux s’apaisent.
Françoise Pionasson
C'est tous les jours comme ça / Pierre Autin-Grenier–Finitude, 2010.
15 €
R AUT
La dégradation de la vie sociale devant la tyrannie d’un gouvernement oppressant inspire à l’auteur des petits textes, du concentré de bonheur littéraire. Chaque mot est ciselé et placé comme une petite pierre précieuse. Un livre dont le climat ne peut se raconter mais à lire absolument.